L'objet du mois de juin 2019

Ce mois-ci, coup de projecteur sur un calotype de François Joseph Édouard Fougeroux de Campigneulles datant de 1858 et conservé dans la collection de Sciences et Techniques.

Le calotype (du grec kalos, « beau » et typos, « impression ») est un procédé photographique inventé par William Henry Fox Talbot et breveté en 1841. Il permet d'obtenir un négatif papier et donc de reproduire des images par simple tirage contact.

Ce procédé se révèle remarquablement adapté à la photographie d’architecture, de paysage ou de natures mortes et devient naturellement le médium léger et peu coûteux des voyageurs, accompagnant toute une génération partie à la découverte de l’Orient rêvé dont fait partie F. J. Édouard Fougeroux de Campigneulles.

Né en 1826 à Douai, Fougeroux de Campigneulles part en voyage au Moyen-Orient en 1858 passant par les rives du Nil, le Sinaï, Petra, Baalbeck et Damas. Il meurt le 31 mai 1879 à Paris et est inhumé à Campigneulles-les-Grandes (62170).

Trente-huit de ses photographies sont présentées l’année suivante au Palais des Champs-Élysées lors d’une exposition organisée par la Société Française de Photographie.

L’écrivain et vulgarisateur scientifique Louis Figuier fait un compte rendu émerveillé de ses prises de vues :

« Est-il rien de plus intéressant, par exemple, que le Voyage en Égypte de M. Campigneulles, qui, dans une série de plus de quarante vues, nous offre les spécimens des principaux monuments de l’Égypte ancienne et moderne, et ceux de la Syrie, les ruines de Thèbes, les mosquées modernes de la Nubie, les vues de Memphis, les mosquées du Caire, de Damas, du Sinaï, le temple de Dendérah, les tombeaux des califes, etc. ; en un mot, qui déroule sous nos yeux l’Égypte et la Syrie dans leurs débris antiques, comme dans les plus curieux monuments de l’époque présente ? ».

En 1952, dix-huit calotypes d’auteur inconnu à l’époque correspondant à cette excursion entrent dans les collections de la Ville de Lille. En 2005, un album de soixante photographies ne portant aucune signature est vendu aux enchères à Vichy. La comparaison des photographies légendées de l’album avec la liste de photographies présentées par M. de Campigneulles lors de l’exposition de 1859 permet leur attribution définitive à François Joseph Édouard Fougeroux de Campigneulles ainsi que leur datation (1858). Cette extraordinaire coïncidence va également aider le Musée d’Histoire Naturelle à identifier l’auteur d’une partie de ses calotypes.

La quasi-totalité de ces calotypes a été retouchée par l’auteur, essentiellement au niveau du ciel afin de renforcer des contrastes et d’effacer des défauts. Par sa maîtrise parfaite de la technique du calotype, Campigneulles fait preuve d’une habileté de professionnel.

Un certain nombre de questions restent, cependant, en suspens : auprès de quel photographe s’est-il formé ? Est-il un autodidacte virtuose ? Quel était le but de ce « reportage » ? S’agissait-il d’un simple voyage d’agrément ou a-t-il été chargé par le ministère de l’Éducation d’effectuer un relevé photographique des principaux monuments de l’Égypte ancienne et du Moyen-Orient, tel que Maxime Du Camp huit ans plus tôt ?